Coup d'Est
Tout là-bas, tout au bout de ce tunnel, les soubresauts des pavés raisonnent encore dans ma tête.
Un coup d'Est en Méditerrannée, pour le croire, il faut l'avoir vu rien qu'une seule fois.
L'horizon devient tout à coup très sombre, les mouettes volent au plus ras des vagues en criant leur gémissante ranguaine, et le grondement lointain de la vague bélier tentant une approche, laisse supposer que viendront s'écraser sur la digue d'autres de ses semblables.
Quand les éléments se déchaînent,ni rien ni personnes ne peut les empêcher, un phénomène d'une rare violence, arrivent pas à pas, les prémices d'une pluie fine parsemés de petites rafales d'un vent glacial, puis insinueusement, vient la chanson des mâts métalliques des vieux grémants amarrés le long du quai d'honneur, vibrante mélodie que celle-ci, et pourtant, nombreux marins et navires laissèrent leurs vies lors de ces monstrueux coups de vents, piégés par les déferlantes avec des creux de 10 à 15 mètres, ne laissant aucune chance aux pauvres malheureux.
Etant enfant, me tenant par la main, mon père, col relevé et tête baissée, me menait souvent au bout de cette longue jetée au petit phare rouge et blanc, arrivés tout au bord, et pour que j'admire cette immensité, il me portait sur ses épaules et de là-haut, le visage mouillé par les embruns, j'écartais les bras laissant ainsi le vent s'engouffrer dans mon "duffel-coat" bleu-marine, le pompon de mon bonnet en perdait le nord, les yeux mi-clos de tant de souffle, je scrutais la ligne de flottaison pour essayer d'entrevoir laquelle de ces lames viendrait enfin s'échouer à nos pieds. Le cri du vent dans les oreilles, je ne distinguais plus vraiment les explications talentueuses du marin qu'était jadis mon paternel, alors affectueusement, j'acquiessais d'un large sourire, de toutes façons, quoiqu'il ait pû me dire ces maintes fois, et entre les lignes, je pouvais le lire dans ses yeux, cet héritage d'une passion que je partage encore aujourd'hui avec lui.
Après ces déluges d'eaux salées, pour s'abriter et se réchauffer, nous faisions rituellement un halte chez "Mimi", patron d'un bar-restaurant à l'extrêmité de la digue, la bonne odeur du petit café que l'ancien patron-pêcheur faisait couler, beaucoup de tendresse chez cet homme que mon père affectionnait particulièrement.
La plupart du temps, mon café à moi était une glace au citron que je faisais durer pour ne pas perdre une miette de la discussion entamée par les deux marins, le vieil homme avait bien connu feu mon grand-père, son ami ou son frère, ça dépendait des jours, je n'ai jamais pû oublier l'émotion ressentie lors de ces sorties dominicales, alors, dès que souffle le vent lorque je me trouve au bord de la mer, je me repasse l'un de ces vieux films, et me laisse aller au vague à l'âme.
à Mimi.
Un coup d'Est en Méditerrannée, pour le croire, il faut l'avoir vu rien qu'une seule fois.
L'horizon devient tout à coup très sombre, les mouettes volent au plus ras des vagues en criant leur gémissante ranguaine, et le grondement lointain de la vague bélier tentant une approche, laisse supposer que viendront s'écraser sur la digue d'autres de ses semblables.
Quand les éléments se déchaînent,ni rien ni personnes ne peut les empêcher, un phénomène d'une rare violence, arrivent pas à pas, les prémices d'une pluie fine parsemés de petites rafales d'un vent glacial, puis insinueusement, vient la chanson des mâts métalliques des vieux grémants amarrés le long du quai d'honneur, vibrante mélodie que celle-ci, et pourtant, nombreux marins et navires laissèrent leurs vies lors de ces monstrueux coups de vents, piégés par les déferlantes avec des creux de 10 à 15 mètres, ne laissant aucune chance aux pauvres malheureux.
Etant enfant, me tenant par la main, mon père, col relevé et tête baissée, me menait souvent au bout de cette longue jetée au petit phare rouge et blanc, arrivés tout au bord, et pour que j'admire cette immensité, il me portait sur ses épaules et de là-haut, le visage mouillé par les embruns, j'écartais les bras laissant ainsi le vent s'engouffrer dans mon "duffel-coat" bleu-marine, le pompon de mon bonnet en perdait le nord, les yeux mi-clos de tant de souffle, je scrutais la ligne de flottaison pour essayer d'entrevoir laquelle de ces lames viendrait enfin s'échouer à nos pieds. Le cri du vent dans les oreilles, je ne distinguais plus vraiment les explications talentueuses du marin qu'était jadis mon paternel, alors affectueusement, j'acquiessais d'un large sourire, de toutes façons, quoiqu'il ait pû me dire ces maintes fois, et entre les lignes, je pouvais le lire dans ses yeux, cet héritage d'une passion que je partage encore aujourd'hui avec lui.
Après ces déluges d'eaux salées, pour s'abriter et se réchauffer, nous faisions rituellement un halte chez "Mimi", patron d'un bar-restaurant à l'extrêmité de la digue, la bonne odeur du petit café que l'ancien patron-pêcheur faisait couler, beaucoup de tendresse chez cet homme que mon père affectionnait particulièrement.
La plupart du temps, mon café à moi était une glace au citron que je faisais durer pour ne pas perdre une miette de la discussion entamée par les deux marins, le vieil homme avait bien connu feu mon grand-père, son ami ou son frère, ça dépendait des jours, je n'ai jamais pû oublier l'émotion ressentie lors de ces sorties dominicales, alors, dès que souffle le vent lorque je me trouve au bord de la mer, je me repasse l'un de ces vieux films, et me laisse aller au vague à l'âme.
à Mimi.
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