Simon and Gartfunkel "Emotion"
Je devais avoir à peine 8 ans, pourtant cette nuit là, je m'en souviens comme si c'était hier.
Mes parents étaient éducateurs spécialisés en ce temps-là, ils travaillaient comme des bêtes dans un Institut pour Enfants Handicapés mentaux, tout ce qu'il y a de drôle vous voyez!, alors la fin de journée arrivée, épuisés et complètement déconnectés, ils s'autorisaient quelques petites soirées avec collègues ou amis, accompagnées de tubes des années 60 en sourdine, assez bas pour ne pas masquer les multiples discussions et anecdotes plus ou moins drôles de huit ou neuf heures d'encadrement auprès de ces jeunes, dont la plupart étaient "emprisonnés" dans une sorte de camisole chimique, afin d'éviter de grosses crises de démence.
Une vigilence de tout instant mettant ainsi leurs nerfs à rude épreuve, j'ai souvent surpris ma mère, qui, submergée par de telles souffrances, impuissante devant la tristesse silencieuse qu'elle pouvait lire dans leurs yeux , finissait par fondre en larmes, la fatigue aidant. Cependant, tous deux arrivaient à oublier, pour quelques heures seulement, en préparant de bons petits apéros dinatoires, arrosés par quelques spécialités locales, histoires drôles interminables dont mon père avait l'art de faire durer la chute, la bonne humeur finissait par s'inviter elle aussi, du fond de ma chambre que je partageais avec ma jeune soeur cadette, je pouvais deviner le mélange de cette ambiance feutrée par la porte séparant le couloir à la salle à manger, quelques rires étouffés, quelques 'Chutt, les enfants...!!!", la plupart du temps, papa venait nous chercher, c'était pour lui un bon prétexte pour profiter de ses filles qu'il ne voyait que très rarement, on arrivait là, les petites princesses aux pieds nus, avec nos pyjamas à carreaux bleus et blancs confectionnés par maman à ses temps perdus, le plus souvent ma petite soeur s'endormait dans les bras de l'un des invités, mais moi pas...
A l'époque, nous habitions un superbe et immense appartement de style ancien, au quatrième étage sans ascenseur, pour l'atteindre, il fallait grimper un escalier en colimaçon dont les marches craquaient sous le poids de nos enjambées, bruit témoignant de notre arrivée à la voisine du dessous, une gentille et généreuse famille de Pieds Noirs dont les intonations de fin de mots résonnent encore dans ma tête, et pour laquelle nous éprouvions beaucoup d'affection, je me souviens également des éternuements de la maman, d'interminables déflagrations, faisant trembler les murs et bibelots de notre environnement pourtant assez éloigné du leur. Vous me demanderiez ce que j'ai fait hier, je serais incapable de vous détailler ma journée, mais ce je raconte ci-dessus est si clair et précis sur les moindres contours et détails, ma mémoire enfantile est tellement présente et j'aime vous la conter comme j'ai vécu tous ces moments là avec tant de couleurs et d'odeurs avec autant de précisions.
Lors d'une de ces soirées, encore éveillée, ne perdant pas une miette de leurs délicieux dialogues, je me trouvais collée à l'une de deux grandes fenêtres éclairant la pièce, je m'amusais à déssiner sur la buée que je faisais avec ma bouche, quand soudain, j'aperçois deux drôles de bonhommes, cagoulé de rouge pour l'un, tandis que son comparse portait un ensemble de couleur bleue-foncé, ces deux énergumènes étaient tranquillement en train de substituer le véhicule de nos invités, une 'coccinelle', si je me souviens bien, du haut de mes huit ans et d'un ton assez inquiété, j'invectivais la tablée relativement bien éméchée, et ce à plusieurs reprises, la scène se déroulant sous mes yeux était belle et bien réèlle, ce n'était pas du cinéma, on 'tirait" bien la voiture de Jean-louis avec tous les "Charlie Hebdo" et "Fluide Glacial", sa collection si précieuse, ses fringues, et autres effets personnels. Mais, comment écouter et prendre au sérieux une gamine de huit ans, racontant tout un tas d'ânneries à longueur de temps, qui pour une fois, ne mentait pas, je pense qu'à force de mon insistence, l'un des copains s'est quand-même levé et ainsi a pû que la place de parking était on ne peut plus vide, et que l'enfant que j'étais, ne s'était pas égosillée pour rien, mais il était trop tard.
C'est un peu plus tard dans la nuit, à la Gendarmerie, que j'ai pû à nouveau faire état de mon témoignage, grâce auquel, on retrouvait dans un fossée, non loin de là, la dite voiture, un peu abîmée certes, mais j'ai eu droit aux lauriers du plus jeune témoin dans une affaire de vol, cependant, les enquêteurs n'ont jamais pû remettre la main sur les périodiques satyriques, mais tout le monde fut fier de moi et de ma pertinence, comme quoi la vérité sort toujours de la bouche des enfants.
Mes parents étaient éducateurs spécialisés en ce temps-là, ils travaillaient comme des bêtes dans un Institut pour Enfants Handicapés mentaux, tout ce qu'il y a de drôle vous voyez!, alors la fin de journée arrivée, épuisés et complètement déconnectés, ils s'autorisaient quelques petites soirées avec collègues ou amis, accompagnées de tubes des années 60 en sourdine, assez bas pour ne pas masquer les multiples discussions et anecdotes plus ou moins drôles de huit ou neuf heures d'encadrement auprès de ces jeunes, dont la plupart étaient "emprisonnés" dans une sorte de camisole chimique, afin d'éviter de grosses crises de démence.
Une vigilence de tout instant mettant ainsi leurs nerfs à rude épreuve, j'ai souvent surpris ma mère, qui, submergée par de telles souffrances, impuissante devant la tristesse silencieuse qu'elle pouvait lire dans leurs yeux , finissait par fondre en larmes, la fatigue aidant. Cependant, tous deux arrivaient à oublier, pour quelques heures seulement, en préparant de bons petits apéros dinatoires, arrosés par quelques spécialités locales, histoires drôles interminables dont mon père avait l'art de faire durer la chute, la bonne humeur finissait par s'inviter elle aussi, du fond de ma chambre que je partageais avec ma jeune soeur cadette, je pouvais deviner le mélange de cette ambiance feutrée par la porte séparant le couloir à la salle à manger, quelques rires étouffés, quelques 'Chutt, les enfants...!!!", la plupart du temps, papa venait nous chercher, c'était pour lui un bon prétexte pour profiter de ses filles qu'il ne voyait que très rarement, on arrivait là, les petites princesses aux pieds nus, avec nos pyjamas à carreaux bleus et blancs confectionnés par maman à ses temps perdus, le plus souvent ma petite soeur s'endormait dans les bras de l'un des invités, mais moi pas...
A l'époque, nous habitions un superbe et immense appartement de style ancien, au quatrième étage sans ascenseur, pour l'atteindre, il fallait grimper un escalier en colimaçon dont les marches craquaient sous le poids de nos enjambées, bruit témoignant de notre arrivée à la voisine du dessous, une gentille et généreuse famille de Pieds Noirs dont les intonations de fin de mots résonnent encore dans ma tête, et pour laquelle nous éprouvions beaucoup d'affection, je me souviens également des éternuements de la maman, d'interminables déflagrations, faisant trembler les murs et bibelots de notre environnement pourtant assez éloigné du leur. Vous me demanderiez ce que j'ai fait hier, je serais incapable de vous détailler ma journée, mais ce je raconte ci-dessus est si clair et précis sur les moindres contours et détails, ma mémoire enfantile est tellement présente et j'aime vous la conter comme j'ai vécu tous ces moments là avec tant de couleurs et d'odeurs avec autant de précisions.
Lors d'une de ces soirées, encore éveillée, ne perdant pas une miette de leurs délicieux dialogues, je me trouvais collée à l'une de deux grandes fenêtres éclairant la pièce, je m'amusais à déssiner sur la buée que je faisais avec ma bouche, quand soudain, j'aperçois deux drôles de bonhommes, cagoulé de rouge pour l'un, tandis que son comparse portait un ensemble de couleur bleue-foncé, ces deux énergumènes étaient tranquillement en train de substituer le véhicule de nos invités, une 'coccinelle', si je me souviens bien, du haut de mes huit ans et d'un ton assez inquiété, j'invectivais la tablée relativement bien éméchée, et ce à plusieurs reprises, la scène se déroulant sous mes yeux était belle et bien réèlle, ce n'était pas du cinéma, on 'tirait" bien la voiture de Jean-louis avec tous les "Charlie Hebdo" et "Fluide Glacial", sa collection si précieuse, ses fringues, et autres effets personnels. Mais, comment écouter et prendre au sérieux une gamine de huit ans, racontant tout un tas d'ânneries à longueur de temps, qui pour une fois, ne mentait pas, je pense qu'à force de mon insistence, l'un des copains s'est quand-même levé et ainsi a pû que la place de parking était on ne peut plus vide, et que l'enfant que j'étais, ne s'était pas égosillée pour rien, mais il était trop tard.
C'est un peu plus tard dans la nuit, à la Gendarmerie, que j'ai pû à nouveau faire état de mon témoignage, grâce auquel, on retrouvait dans un fossée, non loin de là, la dite voiture, un peu abîmée certes, mais j'ai eu droit aux lauriers du plus jeune témoin dans une affaire de vol, cependant, les enquêteurs n'ont jamais pû remettre la main sur les périodiques satyriques, mais tout le monde fut fier de moi et de ma pertinence, comme quoi la vérité sort toujours de la bouche des enfants.
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